Vivez avec vos tripes en 2017

Ting! Ting!
Petit tintement de baguettes. Il fait noir. Humide. Et l’odeur rance irrite jusqu’à l’iris. Iris scalpée de sa lumière. Les baguettes claquent à nouveau le rythme. Tel un tir sur un front gazé des Ardennes, la majorette de laiton aux larmes dérobées et au coeur arrêté frappe le bois dans ce sanctuaire morne. La solitude et le désarroi n’affectent pas ses vertus mécaniques, qui ébranlent le manège. Le blond vairon replace sa mèche, le beagle remue la queue, la pompe à bière actionne son bras, le chauve nettoie sa lunette embuée et le noir en livrée fait un pas de boogie. Tel un gif animé, le ballet d’automates se meut dans ce réduit étouffant et opaque.

Mais cette caverne d’oubli ne serait être leur ultime spectateur silencieux. Trop de misère, tant de tristesses, que de guerres pour épargner le monde d’une gaieté anodine. Ils ont fait leurs preuves et doivent briser leur carapace de passé. Le manège se dérègle, enfin bourré d’humanité.

Hardis et maladroits, inconstants mais beaux, ils grimpent la paroi sombre qui les entoure, la croix de leur destin et de mon intestin, rencontrent un poisson mort, quelque composte nimbé de gin, ils sont revigorés, marionnettes oubliées.
La lumière point au loin, nourrit leur optimisme. Mais le chien est happé, trop peu déterminé, et le vairon bascule dans le gouffre du temps…bien que braves et racés, ils finirent par glisser sur le mucus humain et restent à jamais bloqués en cette année.
Reste la pompe à bière, qui s’aidant de son moignon parvient à se caler malgré l’obscurité sur un replat d’ivoire légèrement émaillé, une molaire adéquate! Mais le plafond est bas, le site est dangereux donc pour se protéger, elle fait levier de son bras pour dégager ce toit. Et là, grandeur, la lumière se fait soleil, éblouissant. La grotte de calvaire devient la porte d’un futur étincelant.
Quasis anéantis, françois le français et son acolyte de classe américaine, parviennent à se hisser sur le matelas gisant à l’entrée de cette bouche. Ils resteront là attendant les secours, étendus sur leur bilan, évoquant la destinée du monde.

Et derrière eux, l’extase, un visage effronté gravit les dernières marches de ce tunnel de vie, et apparait frais et dénudé, rose et décidé : la majorette solitaire, oubliée ! La lumière transforme l’automatisme de ses nuits en sensualité diurne. Elle progresse sur cette langue de terre, la mienne, plongeoir volcanique et embrasé et c’est la cuisse saillante et le genou haut qu’elle entame la symphonie de l’espoir.

Moi, bonne vieille statue à langue détendue, je reste bouche bée. La mâchoire coincée par la pompe à houblon, la danseuse de bonheur sautillant langoureusement sur mon muscle buccal, les orteils caressant son épiderme humide, sous un joyeux air de Bowie provenant du fond de mes entrailles ; elle  brandit, cul aux yeux de nos élites, 2 jolis drapeaux multicolores fixés sur ses baguettes et arborant un joyeux 2017.

Moi je vous le dis, l’année promet!

*merci aux figurants 2016 ou 2017 –  F Hollande, B Obama, D. Bowie, Mon Oesophage, la tireuse à Nico, le beagle à Xuanou, et la majorette à trouver.